OSS non-Union pour les services numériques d'une LLC en Europe
Centralisez la TVA B2C européenne dans un seul État membre tout en conservant la base américaine, la banque internationale et la capacité commerciale de la LLC.
Une LLC américaine peut commercialiser des logiciels, des abonnements, des contenus téléchargeables et d'autres services numériques dans toute l'Europe sans créer une société dans chaque pays. Lorsqu'elle vend directement à des consommateurs de l'Union européenne, la question essentielle n'est pas le compte qui reçoit le payout. Il faut établir qui est le fournisseur juridique, quelle prestation est vendue et où se trouve le client.
Le régime OSS non-Union permet à une entreprise établie hors de l'UE de centraliser, dans un seul État membre, la TVA sur ses prestations B2C localisées dans plusieurs pays européens. La LLC applique le taux du pays du consommateur, dépose une déclaration trimestrielle et effectue un paiement unique auprès de son État membre d'identification. Celui-ci répartit ensuite la TVA entre les États de consommation.
Le guichet unique ne transforme pas la LLC en société européenne et ne remplace pas son cadre juridique et fiscal américain. Il organise une couche précise : la TVA de consommation européenne sur les services vendus aux particuliers. Correctement intégrée, cette couche préserve l'agilité internationale de la LLC tout en reliant l'offre, le checkout, la facture, l'encaissement et la déclaration.
Identifier d'abord le vendeur juridique
Avant toute inscription à l'OSS, il faut déterminer qui fournit réellement le service au client.
| Parcours de vente | Fournisseur habituel face au client | Conséquence de départ |
|---|---|---|
| Checkout propre à la LLC | La LLC | La LLC détermine et gère la TVA |
| Passerelle limitée au traitement du paiement | La LLC | Le processing ne remplace pas le vendeur |
| Véritable Merchant of Record | L'entité désignée comme vendeur par le contrat | Le MoR peut prendre en charge facturation et TVA |
| Marketplace agissant en son nom | Selon son rôle contractuel et commercial | Il faut relire contrat, reçu et chaîne de fourniture |
Stripe, PayPal, un compte américain ou un IBAN en euros ne déterminent pas à eux seuls le fournisseur. Les éléments décisifs sont les conditions de vente, le nom affiché au client, l'entité qui fixe le prix, autorise le débit, livre le service et traite les remboursements.
Cette lecture évite deux confusions : immatriculer la LLC pour des ventes juridiquement réalisées par un Merchant of Record, ou croire qu'un simple prestataire de paiement a repris une obligation de TVA qui demeure celle de la LLC.
Cinq questions pour orienter chaque vente
La qualification suit un ordre simple :
- La LLC vend-elle, ou une autre entité agit-elle en son propre nom ?
- L'acheteur agit-il comme entreprise ou comme consommateur ?
- S'agit-il d'un service électronique, d'une intervention humaine en direct ou d'une prestation soumise à une règle particulière ?
- Dans quel État la prestation est-elle localisée au regard de la TVA ?
- La LLC dispose-t-elle d'un siège ou d'un établissement stable dans l'UE ?
Le régime non-Union est ouvert à l'assujetti qui ne possède dans l'Union ni siège de son activité économique ni établissement stable et qui fournit à des personnes non assujetties des services localisés dans l'UE. Depuis juillet 2021, il ne se limite plus aux télécommunications, à la radiodiffusion et aux services électroniques. D'autres prestations B2C peuvent y entrer lorsque leur règle de localisation les situe dans un État membre.
Pour une activité numérique, la catégorie la plus courante reste le service fourni par voie électronique. Il dépend essentiellement d'internet et des technologies de l'information, est largement automatisé et implique une intervention humaine minimale. Cela concerne notamment :
- l'accès automatisé à un logiciel ou à un SaaS ;
- l'hébergement, le stockage et des fonctionnalités numériques standardisées ;
- les ebooks, modèles, ressources et téléchargements ;
- les abonnements à du contenu automatisé ;
- les formations enregistrées sans enseignement en direct ;
- les contenus audiovisuels ou numériques à la demande.
Une consultation individuelle par visioconférence, un cours animé en direct ou une création réalisée personnellement ne deviennent pas des services électroniques parce qu'ils sont commandés en ligne. Leur localisation peut suivre une autre règle. La nature réelle de la prestation doit donc précéder l'analyse du moyen de paiement.
Notre guide sur la TVA des services numériques internationaux distingue B2B, B2C, autoliquidation et ventes hors UE. Ici, l'objectif est plus ciblé : centraliser les ventes B2C de la LLC qui sont effectivement imposables en Europe.
Le seuil de 10 000 euros ne protège pas une LLC hors UE
Les services électroniques B2C sont en principe imposés là où le consommateur est établi, a son domicile permanent ou réside habituellement. La simplification européenne de 10 000 euros ne bénéficie qu'à certaines opérations réalisées par un fournisseur établi dans un seul État membre.
Une LLC américaine sans établissement dans l'Union ne répond pas à cette condition. Le taux du pays de destination doit donc être examiné dès la première vente électronique B2C concernée.
Cette règle ne réduit pas l'intérêt de la LLC. Elle délimite la couche européenne à ajouter à une structure américaine capable de séparer l'activité du patrimoine personnel, de conclure des contrats professionnels, d'accéder à la banque et aux moyens de paiement internationaux et d'opérer en USD comme en EUR.
L'OSS reste facultatif. Sans ce régime, le fournisseur doit remplir les obligations de TVA dans chaque État de consommation selon la procédure nationale applicable. Le guichet unique simplifie l'immatriculation, la déclaration et le paiement ; il ne déplace pas le lieu où la taxe est due.
Le B2B ne se déclare pas dans le même circuit
Le régime non-Union vise les prestations fournies à des personnes n'agissant pas comme assujetties. Une vente à une entreprise européenne correctement identifiée relève généralement de la règle B2B et de l'autoliquidation, et non de la déclaration OSS non-Union.
Le checkout doit distinguer entreprise et consommateur sans donner une valeur absolue à une simple case. Pour le B2B, il convient de conserver dénomination sociale, adresse, numéro de TVA valide lorsque cela s'applique et éléments prouvant l'acquisition pour l'activité professionnelle. Le contrôle VIES et la facture font partie du dossier commercial.
Si l'acheteur est un particulier, les règles B2C s'appliquent. S'il revendique un statut professionnel mais fournit des données incomplètes ou contradictoires, la transaction doit être vérifiée avant sa qualification. La méthode est détaillée dans notre article sur la TVA intracommunautaire B2B, VIES et les preuves.
Choisir l'Espagne comme État membre d'identification
Une LLC sans siège ni établissement stable dans l'UE peut choisir n'importe quel État membre pour le régime non-Union. En Espagne, l'inscription passe par le formulaire 035. L'AEAT attribue un numéro individuel dédié au régime, qui ne doit pas être utilisé pour d'autres opérations fiscales.
Le dossier espagnol comprend notamment :
- la dénomination légale de la LLC ;
- ses adresses postale et électronique ;
- les sites internet utilisés pour vendre ;
- le numéro fiscal du pays d'établissement, généralement l'EIN ;
- une déclaration d'absence de siège et d'établissement stable dans l'UE ;
- la date de début des prestations couvertes.
En principe, l'inscription prend effet le premier jour du trimestre suivant la demande. Lorsque les ventes commencent plus tôt, le régime peut s'appliquer dès la première prestation si le début d'activité est communiqué au plus tard le dixième jour du mois suivant. Les modifications des données d'inscription sont également déclarées dans leur délai propre.
Choisir l'Espagne ne revient pas à appliquer 21 % de TVA espagnole à tous les clients. L'Espagne est l'État d'identification. Chaque vente conserve le taux et le traitement de son État de consommation.
Le checkout doit connaître le pays avant de valider le prix
Pour un service électronique B2C, le pays du consommateur détermine le taux. Cette donnée doit être résolue avant la validation de la commande, et non reconstruite en fin de trimestre à partir d'un virement global du processeur.
Chaque opération devrait relier :
- le fournisseur et le produit vendu ;
- le statut B2B ou B2C déclaré ;
- le pays de consommation soutenu par des preuves ;
- la base imposable et la devise d'origine ;
- le taux appliqué ;
- la TVA et le total affiché au client ;
- les dates de prestation et d'encaissement ;
- les références de commande et de transaction ;
- les réductions, remboursements et corrections.
La doctrine européenne exige que le montant de TVA dû par le consommateur soit connu au plus tard à la fin du processus de commande. Le prix peut être affiché TVA comprise ou calculé une fois le pays déterminé, mais le total final doit être clair avant le paiement.
Deux preuves concordantes pour le pays du client
Pour les services électroniques usuels, le dispositif européen repose normalement sur deux éléments non contradictoires. Les preuves admises comprennent :
- l'adresse de facturation ;
- l'adresse IP ou une autre méthode de géolocalisation ;
- le pays du compte bancaire utilisé ou l'adresse détenue par la banque ;
- le code pays de la carte SIM ;
- l'emplacement de la ligne fixe par laquelle le service est reçu ;
- toute autre information commerciale pertinente.
Adresse de facturation et IP forment une combinaison fréquente. L'adresse et le pays associé au moyen de paiement peuvent aussi être utilisés. Lorsque les signaux divergent, il ne faut pas retenir le pays au taux le plus bas : une preuve supplémentaire ou une revue de la commande est nécessaire.
La simplification de 100 000 euros permettant à certains fournisseurs établis dans un État membre de conserver une seule preuve ne correspond pas au cas habituel d'une LLC américaine non établie dans l'UE. Deux signaux indépendants constituent une base plus durable.
Encaisser en USD, déclarer en EUR
La LLC peut vendre en euros, en dollars ou dans une autre devise. L'OSS n'impose ni la monnaie commerciale ni le compte de règlement. Avec l'Espagne comme État d'identification, la déclaration est établie en euros.
Les ventes dans une autre devise sont converties au cours publié par la Banque centrale européenne pour le dernier jour de la période de déclaration ou, en l'absence de publication ce jour-là, au cours publié suivant. Le taux net appliqué par le prestataire au payout ne remplace pas cette règle trimestrielle.
Le calendrier est le suivant :
| Période | Opérations | Échéance |
|---|---|---|
| T1 | 1er janvier au 31 mars | 30 avril |
| T2 | 1er avril au 30 juin | 31 juillet |
| T3 | 1er juillet au 30 septembre | 31 octobre |
| T4 | 1er octobre au 31 décembre | 31 janvier suivant |
Une déclaration est déposée même si aucune prestation couverte n'a été réalisée pendant le trimestre. En Espagne, le modèle 369 ventile par État de consommation la base hors taxe, les taux et la TVA correspondante. Le paiement suit la même échéance.
Un avoir, un remboursement ou une modification de prix postérieurs sont intégrés à une déclaration ultérieure en identifiant le pays, la période d'origine et le montant corrigé. Le mécanisme standard autorise cette correction pendant trois ans à compter de l'échéance initiale.
Dix ans de preuves transactionnelles
Le registre OSS ne se réduit pas au total du prestataire de paiement. Il doit pouvoir être transmis sous forme électronique et être conservé dix ans à partir de la fin de l'année de la prestation.
Pour chaque vente, il doit permettre de retrouver :
- l'État membre de consommation ;
- la nature du service ;
- la date de la prestation ;
- la base imposable et la devise ;
- toute augmentation ou réduction ultérieure ;
- le taux, la TVA due et la devise ;
- les dates et montants encaissés, acomptes compris ;
- les données de facture ou de reçu ;
- les preuves de localisation du client ;
- les remboursements et leurs justificatifs.
Cette exigence reste compatible avec un parcours d'achat fluide. Il faut simplement qu'un même identifiant relie checkout, processeur, facture et registre des ventes. Un relevé mensuel par pays, produit, taux, devise et remboursement transforme la clôture trimestrielle en contrôle, plutôt qu'en reconstitution.
Les données agrégées que certains prestataires de paiement communiquent dans le cadre CESOP relèvent d'un autre dispositif. CESOP ne remplace ni la déclaration OSS ni l'analyse du fournisseur juridique.
La TVA sur les dépenses ne se déduit pas dans le modèle 369
La déclaration OSS reprend la TVA facturée aux consommateurs, État par État. Ce n'est pas une déclaration nationale dans laquelle la LLC impute automatiquement toute la TVA supportée sur ses dépenses européennes.
Lorsque la LLC supporte de la TVA en Espagne ou dans un autre État membre, sa récupération suit la procédure applicable aux entreprises non établies ou, si d'autres opérations imposent une immatriculation nationale, la déclaration correspondante. Il faut distinguer :
- la TVA encaissée auprès des consommateurs et déclarée en OSS ;
- la TVA supportée sur les coûts européens ;
- les obligations nationales situées hors du régime spécial.
La centralisation des ventes ne fusionne pas toutes les positions de TVA dans un seul formulaire.
La LLC reste le socle commercial
Le régime non-Union est particulièrement cohérent lorsque la LLC est réellement au centre de l'activité : elle figure dans les contrats, possède ou exploite le produit, facture, encaisse sur des comptes professionnels et conserve les preuves de chaque opération.
La structure gagne en autorité lorsque concordent :
- dénomination et adresse de la LLC ;
- EIN et dossier sociétaire ;
- domaine, conditions de vente et politique de remboursement ;
- identité du vendeur au checkout ;
- descripteur du processeur et compte de règlement ;
- facture ou reçu remis au client ;
- inscription OSS et calendrier trimestriel.
Cette cohérence permet de conserver les avantages opérationnels de la LLC sans confondre compte hors UE et territorialité de la TVA. La société américaine demeure un véhicule souple pour une activité mondiale ; l'OSS ajoute un canal unique pour une obligation européenne déterminée.
L'accompagnement Exentax
Exentax part du modèle commercial, pas du formulaire. Nous identifions le vendeur, qualifions les produits et services, séparons B2B et B2C, examinons les contrats de Merchant of Record et déterminons les ventes localisées dans l'Union.
Nous coordonnons ensuite l'État d'identification, l'inscription, les preuves de pays, les taux, l'affichage des prix, les remboursements, la conversion en euros et le calendrier trimestriel. Si la LLC utilise une banque américaine, un IBAN en EUR et plusieurs processeurs, nous veillons à ce que chaque vente reste traçable de la commande à la déclaration.
Questions fréquentes sur l'OSS non-Union
Une vente à une entreprise européenne doit-elle entrer dans l'OSS ?
Pas du seul fait que le client se trouve en Europe. Une prestation B2B correctement documentée suit généralement la règle professionnelle et l'autoliquidation. Le régime non-Union concerne les services aux consommateurs et aux autres non-assujettis lorsqu'ils sont localisés dans l'UE.
Une LLC bénéficie-t-elle du seuil de 10 000 euros ?
Non dans le cas normal d'une LLC hors UE vendant des services électroniques. Le seuil suppose un fournisseur établi dans un seul État membre. La TVA de destination est examinée dès la première vente B2C concernée.
Peut-on choisir l'Espagne avec des clients dans d'autres pays ?
Oui. La LLC peut s'identifier en Espagne et y déclarer les ventes couvertes aux consommateurs de tous les États membres, en appliquant le taux de chaque pays de consommation.
Le régime comprend-il les biens physiques ?
Non. Il couvre les services. Les biens relèvent du régime de l'Union, de l'IOSS ou de règles nationales selon le stock, le départ de l'expédition, la valeur et la nature du produit.
Stripe ou PayPal prennent-ils automatiquement la TVA en charge ?
Non. Le traitement du paiement ne suffit pas à faire de la passerelle le vendeur. Il faut distinguer un prestataire de paiement d'un véritable Merchant of Record engagé comme fournisseur face au client.
Faut-il déclarer un trimestre sans ventes ?
Oui. Tant que la LLC reste inscrite, elle dépose une déclaration trimestrielle même si aucune opération couverte n'a été réalisée pendant la période.
Un point d'entrée européen pour une activité mondiale
L'OSS non-Union permet à une LLC de vendre des services aux consommateurs de plusieurs pays sans multiplier les immatriculations de TVA. La simplification est pleinement efficace lorsque l'entreprise identifie le vrai vendeur, qualifie la prestation, distingue B2B et B2C et conserve des preuves cohérentes du pays du client.
L'enjeu n'est pas de dissimuler la vente derrière une passerelle ou un compte. Il consiste à préserver la capacité internationale de la LLC et à lui ajouter une couche européenne proportionnée, centralisée et maîtrisable. Lorsque produit, checkout, devise, facture et registres racontent la même opération, l'entreprise peut croître en Europe avec une structure claire pour ses clients comme pour son équipe.