TVA sur les services numériques : SaaS, ventes B2B et B2C et prix avec une LLC
Fixez vos prix et facturez vos services numériques avec une LLC : B2B, B2C, OSS non-Union et plateformes, avec un exemple de TVA, commission et remboursement.
Votre site affiche un prix d'abonnement unique, mais une société française et un particulier allemand peuvent avoir besoin de factures différentes. Avant de choisir comment encaisser, il faut savoir quelle part du prix constitue votre chiffre d'affaires et quelle part correspond à la TVA. Voici comment raisonner pour un SaaS, des téléchargements, des formations ou des prestations de conseil vendus par une LLC américaine.
La LLC porte les contrats, les comptes bancaires et les relations commerciales ; la TVA s'applique à certaines opérations. Vous pouvez conserver la société américaine au centre de votre activité tout en choisissant le traitement adapté à chaque canal. Les points de départ sont le vendeur réel, la nature du service, la qualité du client et le lieu de la prestation.
Commencer par qualifier le service
Une prestation livrée sur internet n'est pas nécessairement un service fourni par voie électronique au sens de la TVA. L'accès automatisé à un SaaS, un téléchargement, un abonnement à du contenu à la demande ou une plateforme en libre-service entrent généralement dans cette catégorie. Une consultation individuelle, une session en direct ou une création fondée principalement sur le travail humain peuvent relever d'une autre règle, même si la commande et la livraison sont entièrement numériques.
Il faut distinguer :
- Service numérique automatisé : la technologie fournit l'essentiel de la valeur avec une intervention humaine minimale.
- Service professionnel : l'analyse, le jugement ou le travail personnel constitue le cœur de la prestation.
- Offre mixte : il faut déterminer s'il existe une prestation unique avec des éléments principaux et accessoires, ou des prestations indépendantes ; plusieurs composantes ne justifient pas automatiquement une séparation.
- Plateforme : le contrat indique si elle encaisse simplement ou si elle vend juridiquement au client final.
Cette qualification évite d'appliquer la règle du SaaS à une mission de conseil ou de confondre une passerelle de paiement avec un Merchant of Record.
L'article 7 du règlement 282/2011 distingue les services essentiellement automatisés des prestations reposant sur une intervention humaine. Un cours dispensé par un enseignant ne devient pas électronique du seul fait de la visioconférence. Une activité éducative proposée virtuellement à des particuliers peut néanmoins relever du pays du client au titre de l'article 54. L'absence d'automatisation n'écarte donc pas à elle seule la TVA à destination.
B2B : le client achète pour son activité
Pour les services relevant de la règle générale B2B, le lieu de la prestation est le siège du client ou l'établissement stable qui reçoit le service. Une LLC effectivement établie hors UE, sans établissement intervenant dans cette prestation dans le pays du client, facture ces services sans TVA européenne ; le destinataire autoliquide la taxe. Ce sont les articles 44 et 196 qui produisent ce résultat, pas une exonération attachée à la seule forme LLC. La Commission présente aussi les règles particulières de territorialité, notamment pour l'immobilier et les activités virtuelles.
La simple saisie d'un nom d'entreprise ne suffit pas toujours. La LLC conserve des éléments proportionnés démontrant que le destinataire agit comme assujetti :
- dénomination sociale et adresse professionnelle ;
- numéro de TVA valable lorsqu'il existe ;
- preuve de contrôle VIES pour un numéro européen ;
- commande, contrat et compte client cohérents avec un usage professionnel ;
- facture adressée à l'entité qui reçoit réellement le service.
Si le client européen attend son numéro de TVA, l'article 18 admet d'autres preuves de sa qualité d'assujetti lorsqu'il indique l'avoir demandé et que le fournisseur effectue des vérifications raisonnables d'identité ou de paiement. Il ne suffit pas de remplacer n'importe quel numéro invalide par une déclaration de l'acheteur. Pour une entreprise hors UE, on retient les justificatifs correspondant à sa situation, plutôt qu'une recherche VIES qui ne la couvre pas.
Pour un prestataire établi en Espagne péninsulaire ou aux Baléares, ROI, VIES et Modelo 349 relèvent d'un parcours déclaratif national distinct. Le guide sur les services B2B facturés depuis l'Espagne vers l'UE traite précisément cette situation.
Si vous travaillez depuis l'Espagne et vendez aussi hors de l'UE, le guide pour facturer des clients internationaux depuis l'Espagne aborde les contrats, retenues à la source, devises et le rôle d'une LLC.
B2C numérique : le pays du consommateur devient central
Pour les services électroniques vendus à des particuliers, les règles européennes situent généralement la prestation dans l'État membre où le consommateur est établi, domicilié ou réside habituellement. La LLC applique le taux de ce pays et déclare la TVA par la voie choisie.
Cette identification à la TVA ne transforme pas la LLC en société européenne. L'entité américaine reste le vendeur contractuel, sauf lorsqu'un autre vendeur a été introduit volontairement dans la chaîne.
Avant de calculer la taxe, le checkout doit répondre à trois questions :
- L'acheteur agit-il comme entreprise ou comme consommateur ?
- Dans quel pays se trouve-t-il réellement ?
- Quel produit ou service achète-t-il exactement ?
Changer de processeur ou encaisser en EUR plutôt qu'en USD ne modifie pas ces faits.
À qui s'applique le seuil de 10 000 EUR ?
La Commission européenne réserve cette simplification aux fournisseurs établis dans un seul État membre. On additionne, hors TVA, les services B2C transfrontaliers de télécommunication, radiodiffusion et services électroniques ainsi que les ventes à distance intracommunautaires concernées. Le total ne doit dépasser 10 000 EUR ni pendant l'année civile en cours ni pendant la précédente. Ce n'est pas un seuil distinct par pays, plateforme ou activité, et il ne vise pas tous les services.
Ce calcul vise les services à des consommateurs d'un autre État membre et les biens expédiés depuis l'unique État membre d'établissement du fournisseur vers un autre État membre. Une vente depuis n'importe quel entrepôt européen ne relève donc pas automatiquement de cette simplification.
Une LLC dont le siège effectif est hors de l'UE organise la TVA de ses ventes électroniques B2C dès la première opération localisée dans l'Union. L'ajout d'un établissement stable européen ne lui ouvre pas ce seuil. L'OSS non-Union offre une déclaration centralisée lorsque la LLC remplit les conditions du régime.
Avant le lancement, décidez si vous souhaitez afficher un prix final uniforme TTC ou un prix de base auquel s'ajoute la TVA applicable. Choisissez ensuite le régime déclaratif et le canal d'encaissement. Vous pourrez comparer les marges par marché avant d'investir dans l'acquisition de clients.
OSS Union et OSS non-Union
Le guichet unique permet de déclarer la TVA due dans plusieurs États membres via un seul État membre d'identification pour les opérations couvertes.
Régime non-Union
Le régime non-Union s'adresse aux assujettis non établis dans l'UE qui fournissent des services B2C couverts à des consommateurs européens. Une LLC américaine sans siège ni établissement stable dans l'Union peut choisir son État membre d'identification et y déclarer la TVA relative aux différents pays de consommation.
Si elle choisit l'Espagne :
- l'inscription, les modifications et la cessation passent par le Formulario 035 ;
- la déclaration périodique est le Modelo 369 ;
- la période déclarative est trimestrielle ;
- dépôt et paiement interviennent avant la fin du mois suivant le trimestre ;
- tant que la LLC reste inscrite, une déclaration demeure requise même sans opération couverte pendant le trimestre.
L'OSS est facultatif. L'autre voie consiste à s'immatriculer nationalement là où cela est nécessaire, généralement moins efficace pour une activité numérique présente dans plusieurs pays.
Régime de l'Union
Le régime de l'Union correspond à une empreinte différente : fournisseurs établis dans l'UE, établissements stables européens et opérations affectées à ce régime. Si l'activité développe ensuite une présence permanente en Europe ou modifie l'établissement qui réalise véritablement la prestation, l'analyse non-Union doit être revue.
Notre guide consacré à l'OSS non-Union pour une LLC détaille l'inscription, les devises, les corrections, le Modelo 369 et la documentation à conserver.
Prouver le pays du client
Le pays choisi dans un menu déroulant ne suffit pas toujours. Pour les services électroniques B2C, le vendeur collecte et conserve des preuves cohérentes de la localisation du consommateur. Selon le canal, on peut utiliser :
- l'adresse de facturation ;
- le pays lié à la banque ou au moyen de paiement ;
- l'adresse IP et une géolocalisation raisonnable ;
- le code pays de la carte SIM lorsqu'il est pertinent ;
- la ligne fixe ;
- d'autres informations commerciales fiables obtenues lors de la vente.
Le dossier doit contenir le nombre d'éléments non contradictoires requis dans la situation concernée, souvent deux. Une contradiction déclenche une vérification avant l'intégration dans la déclaration ; elle ne se résout pas en choisissant automatiquement le taux le plus bas.
Les registres OSS sont conservés pendant dix ans à compter de la fin de l'année de l'opération. Ils doivent permettre de reconstituer l'État membre de consommation, la nature et la date du service, la base taxable, le taux, la TVA, les paiements, les corrections et les preuves de localisation.
Un processeur de paiement n'est pas nécessairement le vendeur
Stripe, PayPal ou d'autres processeurs de paiement peuvent encaisser pour la LLC sans reprendre la vente. Dans ce modèle, la LLC reste généralement le vendeur face au client et conserve les responsabilités TVA correspondantes.
Un véritable Merchant of Record occupe une position contractuelle différente. Il vend au consommateur sous ses propres conditions, encaisse, émet le document commercial et prend normalement en charge la fiscalité indirecte de la vente. Le nom commercial du service ne suffit pas : contrat, facture, remboursement et identité affichée au checkout doivent confirmer ce rôle.
L'article 9a du règlement 282/2011 présume aussi qu'une plateforme participant à la prestation électronique agit en son nom pour le compte du fournisseur, sauf si les conditions permettant de désigner ce dernier comme prestataire sont réunies. Celui qui autorise le débit ou la fourniture du service, ou fixe les conditions générales de la prestation, ne peut modifier ce résultat en nommant simplement un autre fournisseur. L'intermédiaire qui traite uniquement le paiement, sans participer à la prestation, échappe à cette présomption. Les fonctions réelles comptent autant que le contrat.
Le choix influence la marge, la maîtrise du client, les chargebacks, les données accessibles et l'administration fiscale. Le Merchant of Record peut être très efficace pour certaines offres B2C. La vente directe par la LLC conserve davantage de contrôle pour le B2B, le conseil et les marques qui souhaitent porter toute la relation commerciale.
Quatre situations concrètes
SaaS vendu à une société française
La LLC valide l'identité professionnelle et le numéro de TVA. La règle B2B s'applique et le client autoliquide la taxe. Un abonnement automatique ne transforme pas un achat d'entreprise vérifié en vente B2C.
Accès automatisé à des contenus vendu à un particulier allemand
La prestation électronique est localisée en Allemagne. La LLC applique le taux allemand et peut inclure l'opération dans sa déclaration OSS non-Union.
Conseil individuel par visioconférence
L'intervention humaine constitue l'essentiel du service. Il faut d'abord qualifier la prestation professionnelle et la qualité du client, sans appliquer mécaniquement la règle des services électroniques.
Plateforme qui vend sous son propre nom
Lorsqu'un véritable Merchant of Record facture le consommateur et assume la vente, la LLC reçoit un règlement prévu par le contrat de plateforme. Les écritures et la TVA doivent respecter cette chaîne juridique.
Exemple : 120 EUR TTC, TVA, commission et remboursement
Exemple illustratif, et non cas client. Prenons une vente directe de contenu numérique à 120 EUR TTC, une TVA de 20% retenue uniquement pour le calcul et une commission totale de paiement de 3 EUR. Encaissement et versement se font en EUR, sans conversion ni autres frais. Il ne s'agit ni du tarif d'un prestataire ni d'un taux valable dans toute l'Europe.
| Élément | Montant EUR |
|---|---|
| Prix payé par le consommateur | 120 |
| Base hors taxe | 100 |
| TVA comprise | 20 |
| Commission de paiement | 3 |
| Versement du prestataire sur le compte | 117 |
| Disponible après mise de côté de la TVA | 97 |
Pour obtenir la base, divisez le prix TTC par 1,20 : 120 / 1,20 = 100 EUR. Il ne faut pas retrancher 20% du prix TTC. La commission réduit le versement, mais les 117 EUR reçus ne deviennent pas la base taxable de la vente : 120 - 3 - 20 = 97 EUR restent avant les autres frais et les impôts sur le bénéfice. Ce montant n'est pas un bénéfice net.
Supposons ensuite un remboursement de la moitié de la vente. Le client reçoit 60 EUR : 50 EUR hors taxe et 10 EUR de TVA. Si le prestataire conserve ses 3 EUR de commission sans autre frais, il reste 117 - 60 - 10 = 47 EUR après mise de côté de la TVA résiduelle. La correction doit être rattachée à la vente initiale et documentée selon le régime utilisé ; le débit bancaire ne suffit pas à la reconstituer. Les articles 73, 78 et 90 de la directive TVA distinguent contrepartie, taxe et réduction de la base d'imposition.
Utilisez ce calcul pour comparer vente directe et Merchant of Record : regardez ce qui reste après TVA, commissions et conditions de remboursement, pas seulement le pourcentage affiché par la plateforme. Un prix TTC identique dans plusieurs pays peut produire des recettes hors taxe différentes selon les taux.
Concevoir une chaîne commerciale cohérente
Une configuration robuste repose sur quelques décisions liées entre elles :
- la bonne LLC signe les contrats et apparaît comme vendeur lorsque c'est prévu ;
- le catalogue sépare services professionnels, produits électroniques et offres mixtes ;
- le checkout distingue B2B et B2C et recueille une preuve proportionnée ;
- les prix précisent si la TVA est incluse ou ajoutée ;
- processeurs, comptes bancaires et devises forment un flux compréhensible ;
- factures, remboursements et corrections conservent la même identité ;
- OSS, immatriculations nationales ou Merchant of Record correspondent au canal réel.
C'est ainsi qu'une LLC exprime toute sa valeur : non pas comme un simple compte bancaire, mais comme le centre juridique et opérationnel d'une entreprise capable de contracter, d'encaisser et de se développer à l'international.
Questions fréquentes sur la TVA des services numériques
Encaisser en USD change-t-il le traitement de TVA ?
Non. La devise ne change ni la qualité du client ni le lieu de la prestation. Vous pouvez encaisser en USD ou en EUR ; la conversion déclarative suit les règles du régime choisi. TVA et frais de change restent des montants distincts.
Toute formation en ligne est-elle un service électronique ?
Non. Un cours automatisé et une formation dispensée en direct sont des prestations différentes. Une activité éducative virtuelle peut relever du pays du consommateur même sans automatisation. Une éventuelle exonération éducative doit aussi être examinée séparément ; le mot « formation » ne suffit pas.
Une LLC peut-elle déclarer la TVA européenne sans créer une autre société ?
Oui. Une LLC remplissant les conditions peut utiliser l'OSS non-Union en restant le vendeur. Il faut déterminer son lieu d'établissement réel et l'existence éventuelle d'un établissement stable européen pertinent. Une adresse postale ou un numéro de TVA ne tranche pas seul cette question.
Le prestataire de paiement retient-il la TVA avant de me verser les fonds ?
Cela dépend du service contracté. Un simple prestataire de paiement peut déduire sa commission et verser le reste sans déposer de déclaration pour vous. Identifiez séparément qui calcule la taxe, qui l'encaisse et qui la déclare.
La commission réduit-elle la TVA de la vente directe ?
Pas dans l'exemple : le client paie 120 EUR, soit 100 EUR hors taxe et 20 EUR de TVA. Les 3 EUR de commission sont une charge distincte. Son traitement fiscal et une éventuelle déduction dépendent de la facture du prestataire et du régime applicable.
Toutes mes ventes B2B doivent-elles figurer dans l'OSS ?
Non. L'OSS non-Union couvre les services B2C concernés, pas les factures B2B soumises à la règle générale d'autoliquidation. Une même LLC peut servir les deux clientèles, en identifiant le traitement de chaque vente.
Que vérifier avant de vendre dans plusieurs pays ?
Un exemple du service, les marchés visés, la qualité des acheteurs, le contrat de plateforme, ainsi qu'un prix et une facture types. Ces éléments permettent de choisir la structure, le régime de TVA et le canal d'encaissement avant de développer les ventes.
Votre LLC, prête pour de nouveaux marchés
Chez Exentax, nous partons de votre offre et de vos projets de développement. Partagez votre site, les marchés visés et vos moyens d'encaissement actuels. Notre équipe examine avec vous la LLC, les comptes bancaires, les prestataires de paiement et la facturation pour que les décisions correspondent à votre activité.
Si l'OSS non-Union convient, nous coordonnons l'inscription et le suivi des déclarations. Si un autre canal est préférable, nous en expliquons les coûts et le périmètre. Vous décidez à partir de chiffres clairs, avec une équipe présente pendant la mise en place et la croissance de votre structure.